jeudi 24 octobre 2019

Chapitre 8...Tome II

Bonjour

Il est écrit, chapitre 8 à lire !  

Bonne lecture ;-)

"Il y a toujours cela, un jour et une heure où les choses basculent et alors on ne peut plus faire comme si ça n’avait pas eu lieu."


8. 


Après le passage des proches de R., une odeur tenace désagréable d’œuf pourri comme le gaz d’hydrogène, se répandait dans la pièce où je prenais mon petit déjeuner, le lundi matin. Il m’était impossible d’avaler quoi que ce soit, la nausée m’irritait, ne me lâchait pas. De l’immense baie vitrée, je voyais les vestiges de déchets d'un week-end festif, à côté d’une piscine redevenue calme. Triste contraste. Heureusement les autres jours, tout allait mieux...

C’est grâce à l’énergie de Rosa engagée pour nettoyer la grande villa, cinq jours sur sept de six à douze heures que les choses étaient de nouveau à l'endroitJ’avais bien souvent envie de l'aider à faire disparaître tous ces déchets d’une fête à laquelle elle ne participait pas. Elle refusait catégoriquement mon aide, et lorsque j'insistais, elle indiquait d’un mouvement de tête les caméras qui l’auraient dénoncée, lui aurait coûté sa place.

Même si elle n’avait pas eu d’enfant, Rosa assumait seule son existence. Personne sur qui compter en cas de coups durs. Elle était née du côté des malchanceux où les opportunités même rêvées finissent par échouer dans la sphère de l'oubli ; les attentions peu nombreuses, les considérations peu flatteuses. Une vie figée dans la routine sur fond de galères. Une vie d’invisible. Cet emploi constituait un rempart, peut-être le seul, pour éviter de tomber dans la misère qui ne se traînait jamais très loin.

Rosa avait la cinquantaine, à peu de chose près l’âge de ma mère ; elle lui ressemblait par moments par son côté bienveillant. Elle avait des yeux gentils plein d’attention qui ne demandaient qu’à s’épanouir, une forme d’intelligence retenue à cause d'une vie résignée, limitée à des tâches ingrates et répétitives… Je lui trouvais un regard protecteur celui même que j’aurai tant aimé trouver chez ma mère au moment de mon départ. J’appréciai chez elle sa sincérité, son absence de jugement, son soutien à bien des égards. 

Je crois que notre complicité est née durant ses pauses, vingt minutes montre en main. Elle les prenait en même temps que mon petit déjeuner. Un rendez-vous incontournable qui réunissait nos solitudes pour en atténuer les morsures, au petit matin. Juste avant l’arrivée de Nicki. 

Au début, j’en profitais pour poser des tas questions sur R qui était ma seule préoccupation...Mais elle ne savait pas grand chose sur lui. Elle avait rarement vu son employeur qui, selon elle, avait fait cadeau de la villa à sa famille et ses amis 

R. y séjournait rarement ; il s’était déplacé au début pour suivre les travaux mais il vivait toujours à côté de son club. Cette révélation finit par achever tous mes espoirs de le voir un jour apparaître, encore moins avec un bouquet de fleurs ! 

Aussi loin que je me souvienne, c’est elle qui me souffla l’idée qui déclencha un amas d’images qui ont tourbillonné pendant un temps que je ne pourrais définir, dans mon cerveau comme le vent dans une voile. 

Au terme des quatre semaines je comprenais que mes rêves étaient aussi irréalisables qu’inaccessibles même aussi proche du but, c'était aussi peu probable que de monter les marches d’un festival de cinéma au bras d’une célébrité. 

Pour dissiper mon obsession, mon objectif et ma détresse, trio infernal de prise de tête, Rosa me parlait souvent de sa nièce qui rencontrait un succès avec des vidéos postées chaque jour sur le net. 

Sa nièce avait une chaîne sur internet où elle dévoilait sans ambages les pensées d’une adolescente de seize ans. Elle parlait ouvertement de sa vie de lycéenne, sous la forme d’un journal, et ouvrait ainsi une fenêtre sur son univers, tout en partageant ses points de vue sur des sujets qui lui tenaient à cœur, elle évoquait ses centres d’intérêt, son avenir au cœur d’une époque pas toujours idyllique même si elle semblait être née sur un continent qui avait pris l’habitude de ne manquer de rien - du moins matériellement. Ces abonnés étaient pour ainsi dire ses confidents, des jeunes mais aussi les parents de ces jeunes. Sa maturité et son intelligence m’étonnèrent ; j’étais loin d’avoir l’aplomb qu’elle avait à son âge...J’aurai tant aimé avoir une amie comme elle...L’humour était aussi une façon d’appréhender les problèmes parfois graves... 

Elle laissait la possibilité aussi à d’autres de s’exprimer en créant des « Lives ». Elle invitait régulièrement des amis à parler, à faire des sketchs, des ateliers cuisine, de la musique...Lorsqu’elle jouait de la guitare elle en révélait les accords qu’il fallait composer pour produire la mélodie. 

Ces vidéos n'étaient pas toujours faciles pour moi à suivre puisqu'elle parlait portugais, l'image était toujours soignée. Elle abordait des sujets de la vie en mettant en scène des situations. La qualité du son irréprochable. Elle fut pour moi une grande source d’inspiration. 

En effet, c’étaient bien ces images, les images de ces vidéos, le son de sa voix en filigrane que je voyais tourbillonner dans ma tête depuis le début. Ces vidéos que je visionnais assidûment qui m'ont permis de vaincre la solitude du soir, allaient radicalement changer les alinéas de mon destin. 

Le soir où je fus si désespérée, où tout autour de moi semblait s’écrouler avec en fond sonore le martèlement de la pluie sur le toit de la villa, le souvenir d’une vidéo qui m’avait beaucoup plu la veille, surgit comme une évidente providence annonçant ainsi un tournant décisif.



 


Pour découvrir le tome I, c'est ICI !


vendredi 11 octobre 2019

Chapitre 7...Tome 2 à la conquête de...

Vous l'attendiez,  il est là ! Chapitre 7 à lire Bonne lecture  :-)


"Je kiffe ma vie donc j’écris sur ma vie. J’aime pas ma vie j’écris quand même dessus, c’est comme un jeu…Je prends la vie comme un jeu"




7.


La quiétude de la villa servant de refuge monastique durant la semaine était perturbée par la venue des proches du Roi ; l’invasion barbare sonnait à ma porte le samedi matin, pour n’en partir que le lendemain vers 20 heures. Pendant ces deux jours de festivités auxquels je n’assistais que de loin, le silence de la semaine se muait toujours en un vacarme et remue-ménage frénétiques, un véritable sabbat, joies, cris, chahut assourdissant qui m’ont bien souvent dérangée. 

Au début, il m'arriva de penser qu'Il viendrait accompagner sa meute bruyante, insolente et sans gêne...Douce illusion.

Parmi la foule, une seule personne à mes yeux avait vraiment de l’importance. Telle une reine qui prend à cœur son rôle de souveraine : sa mère m’observait et veillait sur moi comme le fils le lui demandait. Teint hâlé, cheveux noirs coupés courts, l’œil vif et malicieux, j'ai cru un moment qu'elle pouvait comprendre - simplement, en tant que femme qui avait mis au monde plusieurs enfants...Alors je lui ai confié mes peines en lui parlant ouvertement de ce qui me contrariait le plus : l'absence durable de R. J’essayais de la convaincre : pourriez-vous lui dire de venir me voir ? Je me disais qu'elle aurait pitié, qu'elle comprendrait...Je lui laissais donc des messages parfois écrits. Mais comment aurais-je pu savoir si elle transmettait ces "bouteilles" qu'on jette à la mer par temps de désespoir ? 

Peu à peu je m’en suis méfiée, jusqu'à repousser sa proximité, je voyais que rien n'aboutissait, et par la suite je craignais qu'elle ne découvre mes activités clandestines et qu’elle ne les dévoile à son fils. Ainsi je ne me séparais jamais de mon Moleskine à l'intérieur duquel je notais mes observations, mes émotions, mes peurs, mes joies, mes projets, mes espoirs, mon futur. Pour les autres, les amis de R., immédiatement j’ai su qu’aucune conversation ne serait possible. Ils me regardaient comme quelqu’un d’étrangement anormal...Je n’avais aucune place parmi eux. J’étais éphémère ; certaines femmes intriguées osaient m’aborder en me jetant l’opprobre avec toujours les mêmes questions dont elles formulaient des réponses associées afin que je coche la case appropriée.

- Pourquoi mère porteuse ? Pour l'argent ? Pour la célébrité ? par désespoir ? me condamnaient-elles, en faisant des têtes de vieilles mégères détestables.

- Non par amour, répondais -je, de manière effrontée.

Elles pouffaient de rires en me regardant avec mépris ; je voyais dans leurs yeux que dégoût, qu'un marécage aux remugles d'égout, rat vénal capable d’enfanter sans se soucier de celui à naître, capable de disparaître du jour au lendemain comme si de rien n’était, sans la moindre compassion.

Leur visage n'affichait qu'ironie et mépris surtout lorsque je formulais mon insistante impatience : « L’argent n’a jamais été ma motivation. Ne devient-il pas père pour la première fois !?

Quel que fût l’étiage de leurs mauvaises pensées, rien n’aurait pu vaincre les corps qui s’étaient rapprochés, un soir d’été. Ma force était ma faiblesse à la fois ; je savais que l’enfant portait à jamais l’empreinte de cette nuit-là, marquait par cette grossesse qui était survenue miraculeusement, malgré le choix et le contrat qui en découlât par la suite. Lorsque j’ai compris que je ne pourrais jamais convaincre ces médisants, je les ai laissés avec leurs calomnies, avec leurs questions qui se terminaient si souvent ainsi : «moi, jn'aurais jamais pu»! 

Mais comment avouer mon désir de garder l’enfant, de convaincre R. de fonder une famille avec celui qui me regardait UNIQUEMENT comme un alinéa, une ligne d’un contrat que j’avais finalement trop vite signé... Comment pourrais-je me séparer de lui, de l’enfant, de tous mes projets ? 

Rejoindre l’évidence pour R. était impossible...puisque pour lui l’évidence était le contrat. 

Les deux derniers mois j’esquivais la matriarche aussi souvent que possible, prétextant une grande fatigue. Je restais allonger le plus clair du temps, enfermée dans ma chambre n'en sortant que pour les repas. Evidemment la version que je lui donnais n’était pas l'officielle, j’étais bien plus active qu’elle ne pensait. J’en profitais pour préparer mon plan de la semaine, mes stories, mes week-ends me servaient à rédiger ce que je vivais.

Car chaque jour j’avais de plus en plus d'inconnus qui suivaient ma drôle d'histoire que dis-je mon extraordinaire aventure. Jusqu'à la fin je les ai tenus en haleine sans jamais révéler le nom de celui qui m'avait fait endosser le destin de mère porteuse que je souhaitais voir disparaître à tout jamais...

J’avais une voix, une sacré voix qui ne demandait qu’à s'exprimer et à ajouter une signature, une nouvelle version au contrat ! J’avais réussi à obtenir des soutiens importants. Je devais mon succès à l’enfant à naître, celui par qui le combat était arrivé et qui s'intensifiait de jour en jour ! 

Au départ, je n'aimais pas tellement la tournure que ma vie prenait, je n'aimais pas ma vie, mais à force de la décrire et de la partager j'ai commencé à me prendre au jeu, à me prendre à mon propre jeu - et à l'aimer de plus en plus malgré les obstacles. Briser cette destinée imposée était le lien sacré qui m’unissait à l'enfant. Un lien que rien n'aurait pu rompre...

vendredi 27 septembre 2019

Chapitre 6

ça continue...
un nouveau chapitre à découvrir
#chapitre 6




"Le temps passe et n’attend personne."


6.



D’autres histoires que me lisait mon professeur, d’autres mots eurent l’effet de me réveiller, d’éveiller mon esprit endormi par l’autorité du roi et de son contrat…La première fois que j'ai lu ces quelques mots, quatre semaines s'étaient déjà écoulées. Rien n’était arrivé comme je l’avais ardemment souhaité. Toujours le même appel téléphonique chronométré imposé à heure fixe, et toujours pas la moindre présence physique de R. Même si sa famille squattait chaque fin de semaine, j’ai très vite compris que mon avenir ne se résumerait jamais en ces quelques mots « ils se marièrent, vécurent heureux, et eurent...» 
Avec Professeur Lopez j’étudiais des auteurs, et parmi les livres qu’il me donnait à lire soit en français soit en portugais, pour combler la solitude du soir venu des débuts, j’ai noté sur mon cahier comme une étudiante studieuse, ce paragraphe qui résonna intensément comme une évidence : 

« Le temps passe et n’attend personne. Toutes les amarres du monde ne sauraient le retenir. Il n’a pas de port d’attache, le temps ; ce n’est qu’un coup de vent qui passe et qui ne se retourne pas

Le déclic est arrivé un soir ; je relisais ces phrases inlassablement depuis quelques minutes ; et elles finirent par produire leur effet, la révélation que j'attendais tant...

Dehors, je me souviens d’une pluie tonitruante, d’un hiver qui jouait les prolongations ; la pluie tombait intensément sur les volets de ma chambre comme un son de tambours annonçant une ère nouvelle !

La mécanique de mon cœur s’étant grippé, il y avait comme un bruit de ferraille à l’intérieur, la sève ne coulait plus dans mes veines pas autant qu’au début disons et ce sont des larmes qui ont roulé sans s’arrêter sur mes joues, ce soir-là, j’ai pris conscience et surtout la décision d’arrêter de me lamenter et de stopper net l'emprise insensée, en trouvant le chemin qui briserait le miroir de cette existence sous contrôle à laquelle j’avais souscrite avec une certaine frivolité. 

Ajouter de nouvelles lignes au contrat est ce que je souhaitais le plus...Je me demande aujourd’hui encore ce que je serai devenue enfermée dans cette demeure si bien ordonnée, avec tous ces doutes et ressentiments...Si je n'avais pas su, si j'avais juste attendu naïvement qu’on vienne me délivrer, personne n'aurait pu le faire à ma place. 


Peut-être aurais-je fini par me soumettre ou devenir folle ? Je ne voulais pas d’un tel destin, encore moins pour mon enfant...D’autant que l'attachement pour cet être grandissait et devenait de plus en plus intense ; l'idée de m'en séparer de moins en moins envisageable...

mardi 17 septembre 2019

Chapitre 5

#ontheroadagain

Un nouveau chapitre à découvrir sur le blog " à la conquête de Ronaldo" tome 2

Le premier opus est disponible au format numérique : ICI  
Bonne lecture !



5.



À 18 heures tapantes, chaque jour, R. appelait en mode vidéo pour récolter des informations relatives à ma grossesse.

Les premiers temps, j’attendais avec impatience ces précieux moments où nous n’étions rien que nous deux. L'attente me semblait insurmontable jusqu'à la sonnerie ; celle-ci emplissait mon cœur qui galopait au-delà de la vitesse autorisée. Mon corps imprégné d’une légère moiteur suintait une vague de fébrilité fiévreuse.

Durant ces appels, l’émotion me submergeait et se traduisait par un visage marqué par de petites plaques rouges éparses et disgracieuses m’empêchant de m’exprimer. Le désir naviguait sous une houle d’impatience à la merci d’un corps assoiffé…de quelque chose d'indéfinissable. Je me souviens avoir été suspendue à ses lèvres comme une midinette, faisant des yeux d’antilope en espérant l’entendre prononcer ces quelques mots :« J’arrive, je prends mon jet privé, et dans quelques heures, je suis là auprès de toi…». 

Je perdais toute notion de la réalité ; je voulais tellement le voir en chair et en os, le serrer contre moi, imaginant nos corps entrelacés encore une fois, mais cette fois d’une passion commune et sans limite. 
Lui n’a jamais oublié le contrat qui nous unissait. Ses appels ont toujours été ciblés, son comportement distant et froid
Un soir, je pris l’audace à bras le corps pour réaliser mon souhait le plus cher : qu'il accepte de venir me voir. Cette audace se renouvela, j'ai insisté, mais aucun de mes propos sembla l’ébranler. 
Rien absolument rien n’y fit, peut-être avais-je manqué de conviction, lui me rappelait avec fermeté les lignes d'un contrat qui entre parenthèses me permettait de vivre confortablement dans sa luxueuse villa - ce n’était pas le sort de toutes les mères porteuses, me lançait-il avec une certaine arrogance. 

Grâce à lui, je vivais dans un environnement impensable pour une travailleuse qui, partant aux aurores, gagnait un salaire très dérisoire (par rapport au sien), seuls les magazines people pouvaient me permettre l'accès, en quelques clichés, à son monde
Dorénavant, grâce à lui, je sortais de ma routine ; je ressortirais grandie de cette expérience incroyable que je pourrais sans doute conter peut-être même fièrement au coin du feu plus tard, à mes petits-enfants

Bref, il était l’autorité, j’étais esclave de sa décision. J’ai rapidement compris que la future naissance était tout ce qui l’intéressait. Il était cohérent avec le contrat, moi pas. 

À quel moment ai-je cessé d’y croire ; à quel moment ai-je cessé d'attendre ? 

Lorsque le silence de la fin des appels survenait en me laissant seule désarmée, avec comme compagnie une tristesse infinie, lorsque la blancheur des murs paraissait aussi éclatante que son absence durable. 
Son impatience perceptible de me voir accoucher motivait ses appels...
Lorsque mes espoirs de le voir en chair et en os, sont devenus de plus en plus ténus, et même si pendant un temps, la perspective de l’échec me déprima, heureusement l'envie de me battre se révéla plus forte. 
Je n’ai jamais pu me faire à l’idée d’être seulement mère porteuse, pour un tas de raisons que vous devinez. Je voulais bêtement continuer à croire au coup de foudre qui m’avait frappé, et qu'un horizon était possible, moi, lui, le bébé. 
Il était évident que je voulais ajouter à ma rencontre un sens, une évidence...mais j'ai dû me contenter de son appel une fois par jour...
Mon enthousiasme, peu à peu, a cédé la place à une forme de désolation, puis une déception, par chance, la rage s’en est mêlée…

Heureusement, tout s'est arrangé, et maintenant au moment où j'écris ces lignes, je suis pleinement libérée de ces attentes pathétiques et insensées qui m'ont fait perdre du temps...

Le combat a su se frayer un chemin pour construire à force de volontés, ma propre histoire, une histoire qui ne me laisserait pas seule à ruminer mon désespoir…

Mon professeur me parlait souvent de ses auteurs préférés, en me citant quelques phrases, une phrase de Camus a su m’éclairer sur le devenir de mon sort, ces mots me firent l'effet d'un choc : "Plutôt mourir debout que de vivre à genoux." Une bataille à mener.

Miraculeusement, je réussis à me donner la force d’écourter les appels qui me volaient mon temps, ce temps si précieux qui me sortirait de mon propre tourment !

mardi 10 septembre 2019

Chapitre 4

#Quoideneuf
Chapitre 4 du deuxième tome "à la conquête de Ronaldo"

Le premier opus est disponible au format numérique : ICI

Bonne lecture ! 



" Il n’y a pas que du beau dans la tête de l’homme "




4.




Les premières semaines, j’appelais Mag chaque soir quand la villa devenait silencieuse et que l'angoisse de la solitude de la nuit m'étrégnait trop intensément. De la salle informatique ou de ma chambre, je téléphonais. Choix ciblé aucune caméra
 de surveillance à ces endroits précis...Elles étaient suffisamment nombreuses pour que je m’en méfie, suffisamment imposantes pour que je ne les oublie jamais.
A l’abri de ces yeux numériques braqués constamment sur moi, j’étais ainsi plus tranquille dans certains endroits de la villa, pour conter le récit de mes journées, son rythme, ses contraintes, et surtout la crainte le soir au milieu d’un silence assourdissant que le moindre bruit me faisait sursauter, m’obligeant ainsi à fermer la porte de ma chambre à clef.
Les premiers jours, Mag voyagea à l’intérieur de la luxueuse demeure grâce à mon téléphone portable attaché à ma grande écharpe diaprée, comme un micro cravate - astuce  réussie, rien ne s'est jamais vuGrâce aux écouteurs bien fixés à mes oreilles, j’entendais Mag s’extasier devant tant de luxe. Elle compara même toutes les pièces à un décor hollywoodien des séries américaines dont on était fans absolues. Elle n’avait jamais vu autant de richesse en un seul lieu.
Cette grandeur représentait un autre monde, si loin de notre modeste milieu qui nous servait de décor depuis l’enfance ; il y avait peu de probabilité qu’on côtoie un jour cet univers.
Pourtant j’étais bien plantée au milieu d’un ciel devenu plein de  diamants et j'avais l'impression à chaque fois que je marchais sur la Lune...
Comme Mag, je fus impressionnée les premiers temps ; loin de mes repères, j’eus l’impression de vivre un conte de fées éveillé, avec la certitude que tout deviendrait facile dorénavant, qu’aucune contrainte détruirait mes rêves et qu’il était même possible d’en réaliser un tas, sans être obligée de prier continuellement.
Ces visites en appels vidéos d'une dizaine de minutes ont duré plusieurs jours – 2500m² ne se visitent pas en 10 minutes ! Mag découvrit jusqu’au garage sécurisé des berlines endormies alignées attendant leur sortie fracassante.
Elle visita chaque chambre, huit au total, possédant chacune une décoration unique avec salle de bains privative ; la mienne avait un jacuzzi et une douche à l’italienne avec multi jets…
Chaque nuit, je m’endormais dans un lit big size avec matelas à eau sur lequel l’angoisse de ma solitude se dissipait. La tête de lit représentait une esquisse du 18ième contrastant ainsi avec la modernité de certains bibelotsSur un meuble aux bords lisses biseautés, combinant un style vénitien avec un design moderne, placé entre deux immenses fenêtres, j’ai disposé sur cette coiffeuse, mes affaires de maquillage et quelques photos encadrées de mes proches. Au début, je me suis surprise à parler à voix basse aux photos de ma famille que j’avais pourtant chaque jour au téléphone, ma mère surtout que j'avais de plus en plus de mal, à convaincre de ne pas venir... 
Les murs de ma chambre peints d’un rose clair, couleur douce et radieuse produisant un bel éclairage m’apportant une certaine sérénité au fil des jours passants. En revanche, l'impressionnant lustre de fleurs en cristal posait juste au dessus de mon lit m’angoissait, peur de le voir tomber lourdement pendant mon sommeil.
Ma chambre était la seule à disposer d’un immense dressing. La première fois que je l’ai vu, je n’ai pu m’empêcher de pousser un petit cri d’émotion. J’avais certainement inconsciemment, fait le rapprochement avec la petite armoire de mon ancienne vie. 
Ce jour là, je me suis lancée un défi certes un peu stupide, mais j’en avais des tas des défis un peu stupides, je me suis jurée de le remplir au maximum avant de partir, "pour l’après" avais-je pensé, et juste avant mon départ le photographier comme preuve de mon passage dans cette immense demeure, comme souvenir en prévision de mon retour dans mes murs en loc’. 
De nombreuses pièces disposaient d’imposants miroirs – je soupçonnais mon cher et tendre de s’y admirer longuement, narcisse en mode « je me rassure » ! À la fin, j’étais excédée par mon reflet qui me faisait parfois sursauter ! Il n’était pas tellement féru d’art. Ça manquait de toiles lui avais-je révélé un jour en prenant un ton accusateur ; une seule peinture trônait dans la salle de réception en face d’une cheminée factice. Ce tableau de quelques traits de différentes couleurs ne m’inspira pas ; cette peinture n’était même pas laide, elle représentait peu de chosesIl y avait bien quelques photographies suspendues sur les murs de son garage, où on voyait R. poser fièrement aux côtés de ses berlines dévoilant sa passion.
À travers ce décor, j’ai mesuré le fossé entre lui et moi ! On vivait sur la même planète, mais pas dans le même monde ! Celui du Roi était plein d’espace, je ne voyais pas les contraintes, et je pensais naïvement que j’allais accomplir de grandes choses, venir à bout de toutes les lassitudes que procuraient le monde d’où j’étais issue.
Malgré l’aveuglement des débuts, heureusement, je pris conscience que je n’étais que de passage dans sa vie. Il m’a fallu plusieurs semaines pour redescendre sur terre, pour comprendre que je n’étais qu’une naufragée rescapée, plongée momentanément dans un univers qui ne m’appartiendrait jamais. 
Tout n’était qu’illusions, et bientôt tout serait qu’un lointain souvenir ! J’ai compris très vite que le luxe n’efface pas la solitude, qu’il ne combat rien, ni même l'enfermement, et qu’il faut s’en détacher absolument, suffit juste de le vouloir !
Si j'acceptais le sort tel qu'Il l'avait écrit dans le contrat, il était clair que je repartirai seule avec ma déception...

mardi 3 septembre 2019

Chapitre 3 en ligne


A lire chapitre 3...Merci d'être aussi nombreux pour les aventures du tome 2 "à la conquête de Ronaldo" 

Bonne lecture  !





"L’amour est une brume qui s’évapore au crépuscule de la réalité"


3.

Sur le tarmac de l'aéroport, un air froid et sec m'accueillit, un peu plus loin une jeune femme blonde platine habillée à la Nicki Minaj m'attendait...En découvrant l’absence de R., ma joie s’évapora au contact d’une réalité brumeuse et obscure. 
Nicki était la cousine de R., à peine plus âgée que moi. 
Partie à Paris pour étudier la mode dans l'espoir fou de devenir styliste, elle était revenue sans diplôme, avec quelques désillusions et surtout avec un style disons plutôt léger au niveau vêtements, peu généreuse dans le tissu aux teintes flashy, le tout avec un port de tête fier et hautain. 
Sous ses apparences d’aguicheuse provocatrice se cachait, paraît-il, une sentimentale fleur bleue... Au retour des deux années d’étude qu’elle vécut à un rythme digne d’une « fashion week », elle travaillait maintenant comme coach conseil image de la star ; elle fut désignée comme celle qui accompagnerait mes journées pendant toute la durée du contrat. 


Noémie que j’ai décidé instantanément d’appeler Nicki, sans qu’elle le sache, parlait un français approximatif avec un accent grasseyant qui ne m’empêcha pas de comprendre la bonne conduite à adopter. C’est au volant de son Aston Martin rouge cabriolet qu’elle conduisit avec nervosité ce jour là, qu’elle me révéla le programme des six prochains mois ! Immédiatement, Nicki me fit redescendre sur terre. En l’écoutant, je suis devenue blême et me suis demandé si je n’allais pas barrer la mention « mère porteuse » au profit de « mère célibataire » !


Ainsi, tous les jours de semaine, je voyais débarquer Nicki sans frapper à 9 heures dans ma tanière, une luxueuse villa où je logeais aisément comme une princesse dans une tour d’ivoire. Elle avait pour mission de me conduire aux rendez-vous de généralistes, gynéco, kiné et autres spécialistes dont j’ignorais pour certains jusqu’à leur existence avant.


Ce programme chronométré m’autorisait guère de liberté ; et la liberté je la voyais chez les autres, précisément chez ceux que je voyais de la berline, libres de déambuler dans les rues de la grande ville. Je les enviais. Au début, je m’imaginais me promener dans ces rues main dans la main avec R. Belle utopie !


Une fois les rendez-vous de la matinée terminés, je prenais ma pause déjeuner aux côtés d’une Nicki silencieuse tapotant frénétiquement sur son portable alternant SMS et selfies, selfies et SMS. Elle posait bouche ouverte montrant ses tenues serrées - une tenue différente chaque jour. Pathétique pauvre Nicki, pathétique ! Pensais-je assez souvent. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu la moindre conversation, ni d’avoir ri une seule fois avec elle, d’ailleurs elle me parlait uniquement pour me donner des ordres qu’elle formulait en français.
Après le déjeuner, elle s’évaporait pour laisser la place à une personne qui heureusement me sauvait du désespoir de la matinée ! C’était la séance que je préférais ; avec lui, j’ai beaucoup appris.


Durant deux heures, je me nourrissais de son savoir qu'il me transmettait avec passion. Il me fit beaucoup progresser en portugais, et ma fragilité du début ne devint qu’un mauvais souvenir à la fin. J’étais presque devenue bilingue grâce à lui qui me donna même l’opportunité d’étudier de beaux poèmes - qu’il m’arrivait parfois de citer à R., guère sensible à la beauté des mots.


Puis de nouveau une demi heure de pause, avant l’arrivée d’Olga. Du haut de son mètre quatre-vingts, musclée de la tête aux orteils, cette séance avait lieu au sous sol de la villa, dans une immense salle dédiée au sport et à la détente.

Côté sport, d’impressionnantes machines hyper modernes auraient fait pâlir les plus férus d’haltérophilie ; Olga les contrôlait avec une dextérité incroyable en tapotant sur un boîtier gris. 

Ces machines alignées les unes à côté des autres se dressaient comme une sentinelle ; j’imaginais R. sur l’une de ces machines de guerre. J’aurai tant aimé le voir transpirer comme un malade jusqu’à épuisement, et le voir admirer sa musculature, ses triceps, ses biceps dans l’un de ses miroirs en guise de  mursCette pièce était divisée en un espace «sport», l’autre partie était réservée à la détente avec bar, canapé, table basse, un peu plus loin billard, juke box. 

Puis, il y avait une porte menant à une pièce où un immense spa enfoui dans le sol, projetait de multiples lumières de couleurs. Un peu plus loin un sauna et une douche attenante. Lorsque ma coach sportive, Olga, ne venait pas, je me prélassais dans le spa neuf places, loin des caméras de surveillance.


Après la séance de fitness, une nouvelle pause d’un quart d’heure, avant la prochaine séance. Suzanna, diététicienne en vogue chez les stars, se déplaçait spécialement pour m’enseigner l’art de cuisiner pour conserver un poids idéal même pendant la grossesse. Ensemble nous préparions le repas du soir et celui du lendemain midi. R. m’interdisait de manger n’importe quoi, n’importe comment, n’importe quand ! Mon alimentation était saine, équilibrée, ingurgitée à heure fixe, contrôlée, pesée comme un sportif de haut niveau. Faire l’impasse sur mes gâteaux, mon chocolat et toutes ces sucreries dont je raffolais, me fit perdre un peu la tête… Au début, je restai silencieuse, je rongeai mon frein. Mais n’étais-je pas comme les autres femmes enceintes ? D’humeur inégale, parfois capricieuse avec des envies soudaines incontrôlables à n'importe quelle heure dans la journée ou la nuit...Ils ont fini par céder, normal je les ai menacés de ne plus m’alimenter...


Voilà mes journées de la semaine, un programme chronométré pour lesquel il me fut impossible de fuir… Tout ceci s'achevait à 18 heures !